Portrait de famille

By lundi, septembre 7, 2015 0 No tags Permalink 0

N’avez-vous jamais eu cette obsession du passé ? comprendre pourquoi vous êtes comme ça ? comprendre qui vous a engendré ? Moi ça m’obsède un besoin de comprendre le présent par mon passé et mes filiations.

Précisons, qu’il ne s’agit peut être pas de toute la vérité car le mystère, les cachoteries sont une caractéristique de cette famille entièrement matriarcale. Je raconterai cela de mes yeux de petite-fille.

C’était une très belle femme, le genre de vamp sur qui tous les hommes devaient se retourner. Je la revois encore en maillot léopard sur la plage de Saint-Tropez enduite de Hawaïin Tropique, ce flacon marron à l’odeur sucré. J’ai aimé notre vie tropézienne même si je n’avais guère plus de 4 ans. C’était le grand luxe, la plage aux parasols oranges, les transats, la Badoit en verre sur la petite table en plastique blanc. Je ressens encore les effluves iodés, l’odeur des matelas, de la bouffe. Puis, on dévalait les routes de Pampelonne dans sa Targa. Les balades dans le village, sur le port… Et sa mise en scène incessante de sa personne, ce show, son look, ses discours. Je pense qu’elle regrettera toute sa vie de ne jamais avoir pu percer dans le show bizz, elle aurait été aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau.

 Ma grand-mère Thémy (nom qu’elle s’était attribué, cela fait certainement plus excentrique), a eu une enfance modeste dans la Drôme avec des parents aimants. Je ne sais pas grand chose, à part quand elle me racontait des histoires trash comme le fait que tout le village savait quand les jeunes filles avaient leurs règles car on étendait le linge dehors, des petits rectangles d’éponges ou encore qu’une fois elle s’est goinfrée d’abricots et a eu une chiasse terrible l’obligeant à jeter sa culotte dans un buisson. Voilà le genre d’anecdotes de Mamie.

On ne saura jamais comment elle a rencontré le père de ma mère. Un dimanche soir comme un autre, Mamie est partie avec Maman chercher M. sur le port. Il avait passé le week-end avec ses « copains ». Arrivées sur le ponton, elles l’ont vu sortir avec une femme. Ca a été la fin. Mais ça c’est ce qu’elle me raconte… c’est pour ça aussi que je n’ai pas confiance envers les hommes…

Puis, mon grand-père de cœur est entré dans sa vie et la grande vie a commencée. Voyages, gastronomie, berlines de luxe… Il l’aimait et l’admirait dans la folie de ses actions sans jamais la contredire. Une vie légèrement déjantée. Je ne peux ne vous garantir l’exactitude des faits car même ma mère ne connaît pas tout.

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La caractéristique principale de ma grand-mère était de nous raconter des histoires sur tout mais surtout pour ne pas dire la vérité. Dire la vérité serait pour elle se confronter à la réalité. Elle n’a jamais aimé ce mot « réalité ». Avoir les pieds sur terre n’est pas son genre, même aujourd’hui elle navigue encore dans une forme de réalité irrationnelle devenant sa propre singularité. C’est ainsi, que nous n’avons jamais vraiment su les choses, et que tantôt elle était artiste peintre réputée exposant au 4 coins de l’Europe, tantôt elle était dans le business, dans le milieu comme on dit dans le sud, parfois magnétiseuse ou tireuse du tarot. Mais surtout le business. Là, nous n’avions pas d’explications car « nous ne comprenions rien » à ses yeux. Des heures enfermées dans son bureau à être au téléphone, à faxer des documents et faire des dossiers. Ce bureau sentant Calèche d’Hermès et emplie de photos de nous. Elle voulait changer de nationalité, changer de pays… Elle se racontait sa vie.

 Sinon, elle ne voulait jamais rien faire car « elle avait trop de boulot », alors nous nous enfermions dans le cagibi avec mon cousin et nous jouions pendant des heures à l’imiter « à faire des papiers »… Elle ne nous a jamais fait de gâteaux ou de confitures, la seule fois où nous sommes allées au cinéma c’était pour la Petite Sirène, elle s‘est endormie. Par contre chez elle, c’était ambiance fête, elle mettait ses vinyles et dansait dans son salon !

Etant l’ainée, elle recherchait en moi l’excellence et une réussite sociale importante, j’étais donc obligée de faire des dictées interminables car « l’orthographe c’est important pour une belle jeune fille comme toi. Avoir une tête bien faite ne l’oublie jamais ! ». Je gagnais 100 balles si je faisais zéro faute, belle éducation me direz-vous. Je pense qu’inconsciemment je suis allée jusqu’au doctorat en partie à cause d’elle.

Elle n’a jamais été une grand-mère, mais une déesse iconique de notre vie, laissant planer un voile de mystère sur tout, jusqu’à sa poitrine. Et c’est pendant ses années de cancer, qu’en salle de chimio, elle s’approcha de moi et m’avoua « ce sont des faux ». Merci, nous avions compris avec maman au regard de notre physique de limande. Mais quand avait–elle fait cela ? Pas de réponse et on en aura jamais de toute façon.

Elle a fini par tout perdre de sa superbe. Ciao voiture, bastide, villa… Ne lui restant plus que de nombreuses histoires à nous raconter : sa rencontre avec Aznavour pour un potentiel rachat de sa villa tropézienne, ses voyages, son shopping… Malgré l’absence de moyen, elle gardait sa sature de femme d’importance, racontant encore et toujours milles récits à son primeur, son boucher etc…

Voilà ce que je peux vous raconter de mes yeux de petite-fille,

mais est-ce vrai au final ?

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